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SOMMAIRE
Le mot du président............................................................................... 1
Sommaire............................................................................................. 2
Lycoperdon umbrinoides (René Chéreau).............................................. 3-4
Un Ascomycète du genre exotique Kompsoscypha en Vendée ( P. Ribollet)... 5 à 8
Myriostoma coliforme (Jacques Guimberteau)................................................. 9 à 14
Les mycophages dans une pharmacie (Pierre Jouandet).................. 15 à 17
Compte-rendu AG de la FAMO 5/6 avril 2008 (M.Gérard-A.Bellocq).. 18 à 20
Fusarium, Claviceps & Spartina (J-Ph.Rioult, D. Garon & T. Duchemin)... 21-22
Encart photos couleurs......................................................................................... 23 à 26
Un peu d'histoire (Pierre Lejay)...................................................... 27 à 29
Poème (Jacques Péger)....................................................................... 30
Plantes toxiques VII (Alain Duval)...................................................................... 31 à 33
Lichénologie en Loire-Atlantique (Robert Boumier)................. ………...34-35
Expositions 2008 de l'AMO.................................................................. 36
Manifestations 2008 du Groupe Mycologique Nazairien........................... 37
Récoltes intéressantes 2007 (compilation C. Maillard & G. Ouvrard). 38 à 48
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Association Mycologique de l’Ouest de la France
16, Boulevard Auguste-Péneau – 44300 NANTES – CCP NANTES 1602-21 M
Correspondance : 16, Rue de la Guerche - 44830 BRAINS
Téléphone 02 40 32 65 10 – 06 89 77 79 20
Courriel : rene.chereau@orange.fr
Nouveau site internet : www.amo.com
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Cotisation annuelle (à partir de septembre 2008)…………… 2009 22 euros
Droits d’inscription exigibles la première année........................ 2009 5 euros
(fourniture d’insigne et macaron)
La carte est familiale
Cahiers mycologiques nantais – ISSN 1167-6663
Directeur de la publication : René CHÉREAU
Dépôt légal 2ème trimestre 2008
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Couverture Forêt de Pen-Bron, Photo de René Chéreau
Dos de couverture Boletus aereus, aquarelle de Jacques Péger
Cahiers Mycologiques Nantais N° 20 – juin 2008
LE MOT DU PRÉSIDENT…
Madame, Monsieur, Chers amis,
2007, l'année maudite pour les mycologues !
En relisant les cahiers mycologiques nantais depuis leur création, il n’est pas rare de retrouver les mêmes mots : météo, pluie, chaleur, c’est la sempiternelle préoccupation. Mais cette fois-ci nous avons atteint les sommets de la désolation.
Avons-nous été confrontés à une grève illimitée des champignons. Qu’elle était leur revendication ? En ont-il assez d’être ramassés, étudiés, disséqués ? Que demandaient-ils pour enfin consentir à se montrer ? Peut-être ont-ils eu vent du réchauffement climatique ou du "Grenelle de l’environnement" ? Se sont-ils sentis déboussolés par le soleil estival d’avril ?... Nous ne nous hasarderons pas à trouver des réponses. Il reste qu'au cours de l'automne, l'état de stress des champignons fut, par contagion, celui des mycologues.
Espérons que 2007, ne soit pas le signal de saisons à venir toujours plus calamiteuses.
L’anti-cyclone des Açores installé pour des vacances prolongées a ruiné tout espoir d’arrosage de nos bois et forêts. Durant tout l’automne, j’ai scruté en vain le moindre nuage dans l’attente d’une goutte d’eau, d’une averse, d’un orage isolé. Hélas, soleil et fraîcheur régnèrent durant septembre et octobre. Avec en point d’orgue une baisse significative des températures fin octobre qui se prolongea bien après notre salon. Les champignons ont pris leur quartier d’hiver très tôt. Pourtant, je me disais à chaque sortie mycologique que la prochaine serait meilleure. Mais non, la suivante était pire. Plus le temps passait, plus l’inquiétude grandissait en pensant au salon qui s’approchait, mais aussi à nos amis Poitevins organisateurs de la session SMF. Où allions-nous trouver des champignons ? Le spectre des années 1989 et 1990 revenait à grands pas. Fallait-il prévoir des explorations en d’autres régions de France, comme cela a déjà eu lieu ? Inutile, puisque l’ensemble du pays était soumis au même régime sec, mises à part de rares contrées privilégiées. Donc il ne nous restait qu’à espérer. Finalement c'est dans la douleur que les expositions courageusement organisées par nos sections furent réalisées montrant ainsi la détermination de leurs animateurs. Le salon de La Beaujoire, en dépit de la conjoncture climatique, fit notre fierté avec plus de 400 espèces présentées. Rien n'aurait été possible sans l’aide d’un grand nombre d’adhérents et de bonnes volontés extérieures ; je les remercie tous et notamment M.-T. Leclanche, de la Sarthe, qui nous offrit de riches apports de champignons. En outre, le stand des lichens s’est considérablement développé et attire désormais le plus grand intérêt, de même que celui des plantes toxiques. Ce sont là deux atouts supplémentaires qui mettent en valeur les actions menées par notre association dans l’éducation et la protection de la nature. Nous dûmes cependant déplorer une moindre affluence que de coutume ; pas de champignons en forêt donc désintérêt du public. Heureusement, la formule en place depuis 2002 par la société de La Beaujoire, Expo-Nantes, nous évite une catastrophe financière.
L'AMO est de plus en plus sollicitée par des associations de retraités et des organismes divers. Les demandes d’intervention sont nombreuses et variées pour encadrer les sorties en semaine durant l’automne. La nouveauté, c’est la rencontre de gens de plus en plus intéressés par le rôle des champignons dans la nature et non plus par le : "ça se mange ou pas ?" Cette approche nouvelle nous conforte dans le rôle pédagogique que nous nous sommes assigné. Merci aux différents acteurs pour leur disponibilité lors de ces sorties.
Enfin et en dépit des aléas climatiques, nous entretenons l'espoir que les saisons vont se réguler, pour des journées de prospection plus fastes que lors des dernières années. Je vous souhaite donc de fructueuses balades mycologiques avec une profusion de trouvailles. Et n'oubliez jamais de respecter nos bois et forêts, milieux si fragiles et cependant si dispensateurs de satisfactions.
Bonnes cueillettes à tous. René CHEREAU
Cahiers Mycologiques Nantais N° 20 – juin 2008
Lycoperdon umbrinoides Dissing & Lange 1962
René CHÉREAU – 16, rue de la Guerche – 44300 BRAINS
rene.chereau@orange.fr
· Division - Classe - Ordre – Famille
Basidiomycota / Gasteromycetes / Lycoperdales / Lycoperdaceae
· Comestibilité
Sans intérêt
· Commentaires
Champignon originaire d'Afrique du Nord récolté à Brains
par René Chéreau et déterminé par Jean Mornand. Photo 1 page 23
Ces spécimens poussaient dans un parterre de fleurs à la base du pignon de ma maison à BRAINS - 44. Le terrain servait autrefois à la culture de la vigne. Les champignons avaient l’aspect extérieur de Lycoperdon molle, L. umbrinum ou d'espèce proche, de teinte sombre, marron foncé, noirâtre. La confusion avec ceux-ci était tout à fait plausible, je ne connaissais pas Lycoperdon umbrinoides dont je n’avais jamais entendu parler.
Apparus pour la seconde fois dans l’année 2007, j’ai effectué la cueillette le 9 novembre. Lors de la première pousse, je n’y avais guère prêté attention, pensant à des lycoperdons en état avancés du fait de leur couleur, terne et leur texture ramollie. En les examinant de plus près, je me suis rendu compte qu’ils avaient toujours cette teinte foncée, une consistance molle, peu engageante, passant inaperçus parmi les fleurs et le terreau rapporté. D’une dimension variable selon les carpophores, de 1,5 à 2,5 cm environ de diamètre, de forme subglobuleuse, piriforme. Leur état ne permettait pas d’avoir une idée précise sur la couleur de la gléba. Il y avait là une dizaine d’exemplaires. En montrant ces spécimens aux mycologues présents au salon de Nantes, tous restèrent dubitatifs.
Parmi les espèces évoquées, Lycoperdon molle, L. umbrinum revenaient le plus souvent et malgré les recherches effectuées dans la littérature, en particulier dans « Gasteromiceti epigei » de Mario Sarasini, aucune détermination ne se dessinait. C’est pourtant dans cet ouvrage que nous trouvons le nom de Lycoperdon umbrinoides, page 219, selon Dissing & Lange in Bul. J. Bot. Etat Brux. 32 : 344 (1962) qui parle d’une récolte effectuée en Espagne. Il est vrai que peu d’ouvrages relatent cette espèce.
On en restait là. Il fut décidé, avec l’aimable participation de J-L. Chartier et R. Péan, de les faire parvenir à Jean Mornand, spécialiste français du genre, qui rapidement identifia Lycoperdon umbrinoides
Spores et capillitium (photos x 1000 - R. Chéreau)
Compléments de Jean MORNAND du 17-01-2008.
« Lycoperdon umbrinoides est un champignon d’origine tropicale décrit pour la première fois par Dissing et Lange à partir d’une récolte faite au Congo.
Jacques Guinberteau me l’avait envoyé en 1999, récolté à Préchac en Gironde. Je l’avais déterminé comme Lycoperdon atrum Pat. 1902, et envoyé à Demoulin pour confirmation. (L. atrum pl. 2869 de Cetto). Il m’a répondu que L. atrum est une espèce très voisine, nicariant américain de L. umbrinoides.
Donc il faut rectifier le nom dans Cetto.
Je n’ai pas connaissance qu’il ait été récolté au Maroc ? mais seulement en Toscane (Italie) en 2000, dans plusieurs stations en Espagne en 1987, 1995, 1998, enfin en France en 1999 à Préchac, puis récemment à Brains (44) en 2007. »
Bibliographie :
Sarasini, M. 2005 – Gasteromiceti epigei. Éd. A.M.B., Trento, 406 p.
Cahiers Mycologiques Nantais N° 20 – juin 2008
Récolte en Vendée d’un Ascomycète
du genre exotique Kompsoscypha
(Sarcoscyphaceae)
Pascal Ribollet – 13, avenue de la Ferrière – 44700 Orvault
pascal.ribollet@orange.fr
Résumé : l’auteur décrit une récolte d’une espèce appartenant au genre extra-européen Kompsoscypha, de la famille des Sarcoscyphaceae ; il la compare à K. chudei, à K. waterstonii et la rapproche d’une récolte espagnole d’un Kompsoscypha proche de chudei.
Mots Clé : Ascomycètes, Sarcoscyphaceae, Kompsoscypha cf. chudei
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Lors de la sortie publique de l’AMO à Jard-sur-Mer, le 19 novembre 2006, une dizaine d’exemplaires d’un petit discomycète turbiné de couleur rouge-orangé ont été récoltés par l’auteur, en compagnie de Chantal Maillard et de Gilbert Ouvrard, sur des cupules de glands de l’année précédente. Une tentative de rapprochement avec les genres Pseudopithyella et Pythia est vite démentie par l’examen microscopique : ce dernier oriente sans équivoque vers Kompsoscypha, un genre récemment créé par Pfister.
Description
Macroscopie
Apothécies petites, courtement turbinées, d’un diamètre de 2-4 mm sur 1-2 mm de hauteur ; hyménium d’un rouge assez vif mais un peu délavé, mêlé de rose, à marge légèrement ourlée ; surface extérieure concolore ou plus claire. Les fructifications prennent une nuance rouge-rosé à la dessiccation et la surface externe se teinte de jaune.
Habitat : croissance isolée ou en petits groupes, sur cupules et pétioles de Quercus ilex de l’année précédente.
Microscopie
Spores de forme variable, le plus souvent ellipsoïdes-ovales ou un peu citriformes ; hyalines, spumeuses avec souvent quelques guttules de taille moyenne. Taille également variable : 22-34 (38) x 15-19,5 (21,5) µm. Parois épaisses de 1-1,5 µm ; l’épispore a tendance à se décoller après environ une heure (dans H2O). En raison d’une maturité pas tout à fait complète des fructifications, peu de spores sorties des asques ont pu être observées.
Asques octosporés, légèrement clavés, assez longuement stipités, non bouclés, 350-400 x 16-20 µm, sans réaction amyloïde ; parois uniformément épaissies jusqu’à 2 µm.
Paraphyses de la longueur des asques, filiformes, d’un diamètre d’environ 2 µm, à sommet légèrement élargi (vers 3,5 µm), peu cloisonnées, parfois fourchues.
Excipulum médullaire de 150-250 µm d’épaisseur, fait d’hyphes allongées d’un diamètre de 5 µm en moyenne, fréquemment cloisonnées, hyalines, plus ou moins arrangées en textura intricata mais avec globalement un certain parallélisme.
Excipulum ectal épais de 100-150 µm, compact et solide, difficilement dissociable même par percussion, fait de cellules globuleuses à courtement cylindriques, parfois un peu anguleuses, d’un diamètre variant entre 6 et 25 µm, baignant dans un fluide jaune-orangé. Ces cellules ont tendance à s’allonger en bordure de l’excipulum.
Discussion
L’appartenance de cette récolte à la famille des Sarcoscyphaceae n’est peut-être pas frappante, sans doute à cause de sa petite taille comparée aux représentants de cette famille les plus connus en Europe (Sarcoscypha et Microstoma ssp.). C’est pourtant, par élimination, la seule voie possible au sein des Pezizales (ascomycètes à asques operculés), compte tenu de l’absence d’amyloïdie des asques et de la couleur écarlate de l’hyménium.
Une fois dans les Sarcoscyphaceae, un rapprochement semble s’imposer avec Pseudopithyella minuscula dont l’habitus est proche. Cette comparaison ne résiste pas à l’examen microscopique, qui montre une morphologie bien différente (spores nettement plus grosses, à paroi épaissie ; appareil apical différent de celui de Pseudopithyella, qui présente au sommet un net bourrelet annulaire). On peut, de la même façon, écarter Pithya cupressi dont les spores sont rondes et petites et l’excipulum nettement plus épais, structuré différemment.
En revanche, la diagnose du genre Kompsoscypha (1) correspond parfaitement : apothécies pouvant être écarlates, asques et spores à parois épaisses, paraphyses filiformes, excipulum médullaire en textura intricata et ectal en textura angularis. Ce genre a été créé en 1989 par Pfister pour regrouper 4 petites espèces tropicales qui ne sont pas nouvelles : deux proviennent de la même famille (Sarcoscypha chudei, Nanoscypha waterstonii), les deux autres de celle des Pyronemataceae (Humarina zizyphi, Octospora phyllogena). Aucune d’entre elles ne semble - pour l’instant - avoir été signalée en Europe.
Reste à situer notre récolte au sein du genre Kompsoscypha : la petite clé donnée par Pfister (1), basée sur les dimensions des asques et des spores, permet d’arriver facilement « vers » Kompsoscypha chudei (Pat. ex. Le Gal) Pfister. Cependant, une comparaison macroscopique mènerait plutôt vers K. waterstonii (Seaver) Pfister décrite comme écarlate, blanchâtre à l’extérieur, avec une teinte orangée à la dessiccation. Cette dernière semble pourtant devoir être écartée en raison de la structure et l’épaisseur de son excipulum ectal (épais d’environ 30 µm, de textura epidermoidea).
Quelques différences mineures subsistent entre notre récolte vendéenne et K. chudei. De couleur d’abord, K. chudei étant décrite comme « orange to orangish-yellow, dark orange when dried », sans référence à une teinte rouge. Dans la taille des spores ensuite : 22-34 (38) x 15-19 (21,5) µm pour notre récolte, contre 21-26 ou 23-27 x 12-17 pour l’espèce de Pfister. La variabilité dans la taille des spores est également plus marquée dans la récolte de Jard-sur-Mer. Enfin, la zone de répartition de K. chudei (Madagascar pour l’holotype récolté en 1906, le Kenya et l’Ouganda pour les deux autres récoltes mentionnées par Pfister) laisse également un doute, sans rien prouver pour autant.
Par ailleurs, notre récolte est à rapprocher étroitement de celle mentionnée sur la base de données du site Ascofrance (2) sous « Kompsoscypha cf. chudei ».
La fiche décrit un taxon récolté en fin d’année 2006 dans les environs de Barcelone par M. Tabarès et étudié par H.O. Baral. La description correspond à peu près à la récolte faite à Jard. Tout comme notre espèce, celle-ci se distingue de K. chudei par une grande variabilité dans la taille des spores : 24-34 (36) x 16-17,5 (25) µm. Les dimensions des asques, un peu supérieures à celle de notre récolte (450-500 x 25-28 µm), peuvent s’expliquer par le fait que les exemplaires de Jard-sur-Mer n’étaient pas tout à fait mûrs. L’habitat diffère peu (bois, écorce, feuilles et fruits de Corylus) : nombreux sont les champignons à pouvoir croître à la fois sur Quercus et sur Corylus.
En conclusion, si notre récolte ne peut pas être assimilée avec certitude à K. chudei, il est en revanche très probable qu’elle soit identique à celle provenant d’Espagne.
Je remercie Michel Hairaud pour m’avoir gentiment communiqué l’article de Pfister.
Bibliographie
(1) Pfister, Donald H. Kompsoscypha : a new genus related to Nanoscypha (Sarcoscyphaceae). Mem. New York Bot. Gard. 49: 339-343, 1989.
(2) http://www.ascofrance.fr Fiche n°1648 : “Kompsoscypha cf. chudei“, leg. M. Tabarès, det. H.O. Baral.
Cahiers Mycologiques Nantais N° 20 - Juin 2008
Découverte d’une nouvelle station en Gironde
d’un champignon très rare en Aquitaine :
Myriostoma coliforme (With.: Pers.) Corda
Jacques Guinberteau - Unité de recherche MYCSA – INRA Bordeaux
E-mail guinbert@bordeaux.inra.fr
Au cours des sorties mycologiques en forêt, on est souvent intrigué de rencontrer des champignons aux formes singulières, parfois déroutantes, qui évoquent des étoiles de mer ou plutôt des « étoiles terrestres » : traduction étymologique de géastres. Nous voulons parler des géastres ou Geaster, du genre Geastrum, qui comprend une foule d’espèces plus ou moins rares, parfois communes. Ces champignons sans lames, de par leurs spores renfermées et contenues dans un sac au cours de leur développement, étaient classés au sein des Gastéromycètes, entité hétéroclite et coupure artificielle, aujourd’hui complètement démantelée. Celle-ci regroupe une multitude de champignons qui partagent cette particularité, d’avoir leurs spores protégées par des enveloppes multiples, et qui vont être libérées à maturité, soit par déchirure soit par un orifice sommital appelé « ostiole ». On parle alors de champignons angiocarpes, où les spores sont endogènes et non soumises d’emblée, à l’air libre. Cette convergence morphologique et biologique explique les fondements de leur rapprochement taxinomique auprès des « Vesses de loup » ou Lycoperdons, au sein des Gastéromycètes.
Une morphologie étrange … Photo 2 page 23
Les géastres sont donc généralement constitués de deux enveloppes distinctes : l’une extérieure coriace ou dure, épaisse et charnue dénommée exopéridium, la seconde plus fine, papyracée, formant un sac intérieur souple et fragile appelée endopéridium renfermant la gleba qui génère les spores innombrables sous forme d’une masse pulvérulente. A maturité et sous l’influence des alternances météorologiques, l’exopéridium s’ouvre ou éclate en étoile (voir dessin et photos) libérant l’endopéridium alors mis à nu, qui laisse échapper à son tour généralement par un orifice central l’ostiole, un nuage de milliers de spores ocre - brunâtre à la manière des vesses de loup.
Un essai de la Nature …
Mais revenons à notre champignon appelé Myriostoma coliforme et surnommé « la poivrière » ou « pepper pot » pour les Anglo-Saxons voire « saltshaker Earthstar ». Pourquoi cette dénomination populaire aussi étrange ? D’emblée on remarque à la partie supérieure de ce champignon, non pas un seul orifice mais une multitude de perforations ou ostioles multiples, évocateur d’une poivrière. Si on le retourne et que l’on observe la partie inférieure du sac de l’endopéridium, on y détecte une multitude de petits pédicelles ou piliers (jusqu’à 17) qui relient l’endopéridium à l’exopéridium ouvert en étoile. Remarquons aussi, qu’étrangement il y a autant de pédicelles que de trous ou d’orifices ! En fait notre champignon est une sorte de « géastre composé » simulant une « fusion ou coalescence » de plusieurs géastres, ce qui au cours de l’évolution aurait pu lui donner quelque avantage. Les spores qui sont les organes de dissémination et de pérennité de l’espèce, s’échappent par autant d’orifices. Efficacité sans doute accrue, résultat probable d’une évolution qui a abouti à cet essai de démultiplication et d’amplification améliorant ses chances de survie, par débauche de sporulation en mettant « les bouchées doubles ».
Mais en fait l’espèce est rare ou même très rare, et il n’est pas certain que cette multiplicité de fenêtres de sporulation (ostioles) soit un réel avantage pour lui ! En effet il est probable que des processus de régulation existent, en limitant très sérieusement le taux de germination des spores au sol, contrecarrant cette adaptation pourtant à priori avantageuse pour la prolifération et survie de l’espèce.
Une écologie particulière …
Ce champignon rare, a été observé pour la première fois sur la côte atlantique française en 1973 (Sandras, 1976, 1980), prioritairement sous l’ailante (Ailanthus altissima Miller = A. glandulosa) ou faux vernis du Japon en forêt de la Coubre (Charente-Maritime, 17). Originaire de Chine, cette essence pionnière nitratophile à caractère rudéral, a la particularité de rejeter abondamment de souche et devenir très envahissante par ses drageons. Ce qui explique sa forte productivité en biomasse et en matière organique propice à notre champignon. En novembre 1998 puis 1999, nous avons découvert pour la première fois en Aquitaine, une belle population de ce champignon rarissime, tout à fait au nord de la Gironde (Bas-Médoc), à la Pointe de Grave (forêt domaniale du Verdon). Il s’agit d’une clairière abritée et chaude, située au milieu d’un taillis mixte d’ailante et de robiniers (Robinia pseudoacacia) au sein d’un Pino-Quercetum ilicis en dunes littorales boisées à couvert de pin maritime et chêne vert. Depuis dans le même secteur nous avons trouvé d’autres micro stations, mais plutôt sous cyprès et robiniers mélangés. Durant l’automne 2006 et tardivement le 26 novembre, nous avons retrouvé de magnifiques exemplaires de l’espèce, dans une nouvelle station exposée plein sud, dans ce même secteur et d’écologie similaire.
En 2004, une nouvelle et prolifique station girondine plus continentale, vient d’être découverte par nous-mêmes, située à plus de 150 kilomètres des premières, tout à fait au sud du département à la limite du département des Landes, sur la commune de Préchac (33 - Bazadais / Sauternais). Cette fois-ci, il s’agit là d’une épaisse litière de rameaux de deux très vieux genévriers de Virginie (Juniperus virginiana) isolés dans un parc. Essence ornementale exotique, introduite il y a fort longtemps dans ce parc, et où le champignon fructifie abondamment par plusieurs dizaines de spécimens, tous distribués légèrement en deçà de la limite de la couronne de frondaison ou carrément près du tronc ! Comme beaucoup de géastres, il n’est pas anormal d’observer cette espèce dans les litières de cupressacées qu’ils affectionnent aussi tout particulièrement : Cupressus macrocarpa et C. sempervirens, Juniperus, mais aussi d’autres essences comme les mimosas, eucalyptus (Eucalyptus camaldulensis) et chênes verts (Quercus ilex) avec sa subsp. ballota. L’espèce montre également une nette prédilection pour les sols légers, sableux filtrants, voire plus spécialement les sables calcarifères au niveau des clairières sablonneuses ou lisières avec une certaine dose d’anthropisation ou de rudéralisation des milieux, se traduisant par une richesse en azote. Sa présence est souvent indicatrice aussi de vieux écosystèmes xerothermophiles, très chauds et secs car très bien exposés, peu perturbés, où s’accumulent de fortes épaisseurs de litières.
Distribution géographique :
Malgré une large distribution mondiale, l’espèce est toujours rare, ses stations peu nombreuses et souvent sporadiques.
Toutefois l’espèce est signalée de plusieurs régions ou départements français, principalement sur la façade maritime atlantique ou méditerranéenne.
Initialement André Marchand (1969, 1971) le signale dans les sables près du Têt, aux environs de Perpignan Pyrénées-Orientales (66), également sous robiniers.
Jean Mornand (1986) cite l’espèce en Maine-et-Loire (49) sous robinier en sol sablonneux, tandis que plusieurs récoltes étaient déjà signalées par J. Boiffard (1976) en Vendée (85), notamment en forêt d’Olonne et Longeville, toujours sous vieux robiniers et fourrés de ronces (Rubus spp.). Présence confirmée en forêt d’Olonne (Vendée), où l’espèce fut revue en 1994 (Guinberteau et al, 1998).
Signalé aussi en Loire-Atlantique (44), à Sainte-Marguerite, près de Saint-Nazaire (Gilbert Ouvrard).
Présence également en Deux-Sèvres (79), rapportée par Philippe Bineau.
Egalement signalé en Morbihan (56) presqu’île de Quiberon (Patrick. Boisselet).
Pour la Manche (50), Alain Gérault, signale une station fidèle à Valognes.
Sur la presqu’île du Cotentin au Cap de Carteret (50) entre la corniche et le départ du sentier des douaniers. Parmi le lierre, sous les ormes et les prunelliers en situation plein sud, conforme à l'espèce qui est thermophile (A. Gérault).
Une station dans le Loiret (45) en bordure de Loire à La Chapelle-Saint-Mesmin, sous robiniers est signalée par Albert Péricouche.
En région parisienne, une station en Essonne (91) sous vieux robiniers a été découverte par M. Pèlerin à Lardy (signalé par F. Valade).
Dans le département de l’Indre (36), une récente récolte du Myriostoma au cours de l’automne 2007, nous a été signalée par C. Deconchat, sur la commune de Buzançais, parmi le lierre au pied de deux ormes et quelques robiniers situés non loin.
Plus au sud, Maurice Pélissier de Cornebarrieu signale avoir découvert ce champignon dans le parc du château de la Reynerie, situé dans le quartier du Mirail à Toulouse Haute-Garonne (31).
Une autre récolte du 03 / 1991 est signalée dans les pelouses des Douanes à Toulouse (Béatrix Chevtzoff).
L’espèce est aussi signalée en Méditerranée, dans le Var (83), sous mimosas, sur l’île de Porquerolles, (J.-L. Cheype, 1996) ou à Port-Cros (83) en octobre 2004 (J.-C. Bonnin). Egalement toujours dans le département du Var, 5 autres stations sont également signalées par Jean-Claude Hermitte et Jean-Pierre Auclair.
L’espèce est également présente en Corse : Congrès de la FAMM, Zonza octobre 2004, Corse du Sud (2A) près de Bonifacio (information rapportée par Jean-Pierre Borella).
Très présente dans les forêts côtières de |